LES JEUX DE BILLES
Je connaissais, pour ma part (comme on dit aujourd'hui à la télé) quatre sortes de billes :
- les « billes » normales, en terre cuite colorée,
- - les « pouces d'avant-guerre », en granit (je crois),
- - les « binagates », billes de verre « anoblies » par un bouquet de couleurs en leur centre,
- - les « biscaïens », sorte de grosses binagates
La plupart des jeux se pratiquaient avec des billes normales, parfois des binagates. Les «pouces d'avant-guerre» ou les biscaïens servaient rarement , sauf comme monnaie d'échange ( 1 contre 5 ou 10 suivant le « marché ») lorsque le sac de billes s'était vidé, non pas par maladresse au jeu, mais à cause d'un « mal de ojo » insistant. Il existait une foultitude de jeux de billes. Je laisserai de côté les jeux des tout-petits dans le sable, dans la canale (qui se joue aussi avec des pignols) ou dans la rigole pour ne parler que des 3 jeux d'adresse que pratiquaient les plus grands (12-15 ans) à savoir le « Triangle », le « Trou » et la « Jolata ».
Le jeu du triangle :
Sur un terrain de terre battue style pétanque nous tracions un triangle équilatéral de 2 palmes (avec la main) de côté. A 5 mètres de là, une ligne de départ. Le joueur se plaçait sur la ligne et lançait sa bille à proximité du triangle dans lequel chaque joueur avait mis 2, 3 ou 5 billes et qui contenait donc « la banque », nombre variable de 4 (2 billes pour 2 joueurs) à 15 billes par exemples (5 billes pour 3 joueurs). Lorsque les 3 joueurs avaient placé leur bille auprès du triangle, le premier reprenait sa bille et d'un geste du pouce (comme pour lancer une pièce en l'air) le poignet posé au sol, essayait de frapper avec sa bille celles qui se trouvaient dans la banque. Toute bille sortie des limites du triangle était gagnée, toute bille restée dans le triangle y demeurait. La partie se terminait lorsque le triangle était vide, et ... reprenait.
Le trou :
Ce jeu partait du même principe que le précédent mais, à la place du triangle, il fallait creuser un trou profond... mais pas trop, évasé... mais sans plus, afin de permettre au joueur de lancer sa bille d'un coup de pouce pour faire sauter hors du trou celles qui s'y trouvaient. Lorsque le joueur était tout près du trou, il était autorisé à poser son poing gauche verticalement sur le sol, le poing droit venant se placer dessus donnant ainsi un meilleur angle pour tirer dans le trou. Ces parties de Triangle et de Trou ne donnaient pas lieu à de grandes « peleas ». Il y fallait de la concentration, de la finesse (s'approcher du Triangle ou du Trou sans y rentrer), de l'adresse et un très bon « fouetté » du pouce. Il n'en allait pas de même dans le jeu de la « jolata » qui demandait cependant un grande adresse.
La « Jolata » :
était constituée par un couvercle de boîte de conserves, type petits pois. Un cercle de 2 palmes de diamètre était tracé sur la terre battue, la jolata était placée au centre du cercle. A 6 pas, la ligne de lancer. Le premier joueur lançait sa bille et essayait de se placer assez près ... mais pas trop, du cercle (1 mètre environ). Le deuxième joueur avait 2 options :
- - se placer assez loin du premier qui alors tirerait.
- - Essayer de toucher la jolata, ce qui lui donnerait la priorité pour tirer.
Le tir :
Lorsque c'était son tour de tirer (soit par tour normal soit parce qu'il avait touché la jolata) le tireur, comme à la pétanque, devait faire un carreau sur la bille du tiré. Il fallait donc toucher à 3 ou 4 mètres, une bille de 1 cm de diamètre avec une bille toute aussi petite. Les bons tireurs faisaient mouche 8 fois sur 10. Le tiré plaçait son pied sur la tranche verticalement à 30 cm derrière sa bille pour éviter que les billes ne partent dans la nature.
Lorsque la distance tireur-tiré excédait les 4 mètres le tireur pouvait s'en rapprocher en tirant d'abord sur la Jolata pour envoyer sa bille près de celle du tiré. A moins de 50 cm on tirait avec le pouce. Les motifs de disputes étaient là plus fréquents :
- - t'y as pas touché la Jolata,
- - menteur, j'ai entendu le bruit,
- - le bruit, qu'é bruit...
- - j'te jure sur la tête de ma mère...
- - ta mère ! ta mère ! bon, çà va, rocomance !
ou alors :
- pourquoi t'ias levé le pied que main'nant ma bille elle s'est perdue,
- pos, pour le placer mieux,
- menteur, embustero, toujours tu fais ça,
- main non, c'est toi que t'ié trop pressé,
- je vais te faire ‘oir,
- qu'est-ce t'ia, t'ia beaucoup, t'ia beaucoup ?
- Alors c'est fini vos tonterias, la voilà ta bille... allez on continue.
Mais le pire était le « bonne qui dégouline » ou « mauvaise qui dégouline » lorsqu'une bille en bout de course, du fait du terrain, se mettait à reculer (à dégouliner) cela pouvait s'avérer avantageux ou néfaste pour l'un des joueurs ou pour l'autre. Si le premier criait : « bonne qui dégouline », on laissait rouler la bille. Si c'était :« mauvaise qui dégouline », on bloquait la bille avec son pied. Je vous laisse deviner « lo que se armaba » lorsque les deux joueurs avaient crié en même temps ; «Bonne... Mauvaise... qui dégouline» :
- tricheur, tramposo, bourriquot,
- poca vergûensa, calamar, pulpo, esquelette,
- sipote, tonto la vela, manchot,
- cuatro ojos, tuerto, bisouche,
- ah, ça ! ah, ça ! T'ia pas droit...